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TENDANCES 2023 : Les Gafam affinent leur stratégie en santé

mind Health décrypte 10 tendances qui ont marqué l’année 2022 et qui seront encore au cœur des enjeux de 2023. Dans cet article, focus sur les Gafam, qui manifestent de plus en plus leur intérêt pour la santé. Où en sommes-nous aujourd'hui, et avec quelles perspectives pour 2023 ?

Par Sandrine Cochard. Publié le 17 janvier 2023 à 22h30 - Mis à jour le 03 février 2023 à 15h46

Apple affiche ses ambitions :  devenir un acteur des données de santé

Apple propose désormais de nouvelles fonctionnalités qui intègrent de plus en plus de santé. Avec iOS 16 et watchOS 9, l’Apple Watch et l’iPhone prendront désormais en charge des fonctionnalités dans 17 domaines de la santé et du bien-être, allant de la santé cardiaque au suivi du sommeil, en passant par la santé des femmes, la mobilité ou encore la surveillance de la température corporelle.

Dans ses cartons, Apple réfléchit également à l’ajout de nouvelles fonctionnalités à l’iPhone pour aider à détecter la dépression ou le déclin cognitif, l’intégration d’un tensiomètre à son Apple Watch ou encore à faire de ses Air Pods un dispositif médical embarquant divers capteurs (température, posture). Apple poursuit aussi son travail sur des technologies telles que la surveillance du glucose et de la pression artérielle qui pourraient arriver plus tard. Bref, Apple voit dans ses appareils les dispositifs médicaux de demain. Un positionnement qui lui ouvre la voie des données de vie réelle, enjeu essentiel du suivi des patients et de la recherche clinique. Rune Labs a d’ailleurs obtenu en juin dernier l’autorisation de la FDA pour utiliser l’Apple Watch comme dispositif de télésurveillance de patients atteints de la maladie de Parkinson.

Dans son rapport publié le 20 juillet 2022, Apple rappelle ainsi que son application Health permet de stocker plus de 150 types de données de santé différents à partir d’Apple Watch, iPhone et d’applications et appareils tiers. Aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni, ses clients peuvent même télécharger leur dossier de santé directement dans leur smartphone, grâce au partenariat noué avec 800 structures de soins. Une manière de faire de son application Health un véritable espace de santé personnalisé.

Amazon : adresser toute la chaîne de valeur de la santé

Après la télésanté, Amazon met le cap sur les essais décentralisés avec un partenariat conclu en mars avec Thread, une société américaine qui a développé une plateforme d’essais cliniques décentralisés basée sur l’intelligence artificielle. Mais le géant à l’appétit vorace lorgne également sur les soins primaires, avec l’acquisition de One Medical et continue de développer ses clouds dédiés à la santé (il lance un cloud pour les données omiques).

Google : données de santé et IA en priorité

En 2022, Google s’est lancé dans la bataille sur le marché des montres connectées, réaffirmant ainsi son appétit pour les données de santé en vie réelle. A ce titre, Fitbit Healthcare et Google Cloud ont également lancé en septembre un service d’analyse de données de santé via des objets connectés… Mais ce n’est pas tout. Google creuse le sillon de l’IA en santé, avec notamment la signature d’un partenariat stratégique avec iCAD, et a débauché un ancien cadre de la FDA en mai dernier. De quoi préparer de futurs dossiers d’approbation d’IA auprès du régulateur américain ? Autre mouvement intéressant : aux Etats-Unis, Google se positionne sur le créneau des rendez-vous médicaux.

Mais derrière ces mouvements tous azimuts, Alphabet a récemment ordonné la restructuration de Verily, sa filiale dédiée à la santé, pour se recentrer sur la médecine de précision en mettant l’accent sur l’intelligence artificielle et la data science. Elle abandonne certains projets comme la plateforme d’informations cliniques Verily Value Suite et certains produits à un stade développement précoce comme la surveillance à distance des patients pour l’insuffisance cardiaque.

Microsoft : cap sur l’IA, la pharma et les biotechs

Avec la finalisation en mars du rachat de Nuance, une solution de NLP, pour le montant astronomique de 19,7 Mds $, Microsoft s’inscrit dans la tendance, particulièrement en vogue lors du dernier congrès HIMSS, de la reconnaissance vocale et du traitement naturel du langage à l’hôpital. Mais le géant de la tech a également affiché son intérêt pour l’industrie pharma. En juin, Microsoft a lancé un programme d’accélération destiné aux biotechs, en partenariat avec l’Institut Curie et Cellenza. En septembre, Microsoft s’est associé à Novo Nordisk pour découvrir des médicaments grâce à l’intelligence artificielle. De quoi avancer ses pions ailleurs, alors que le Health Data Hub lui cherche un successeur comme hébergeur de données de santé.

Pourquoi c’est important ?

Les données de vie réelle et les données SDOH en ligne de mire 

Le marché des trackers d’activité devrait atteindre près de 100 Mds $ fin 2025. Avec un nouvel enjeu : les wearables couplés aux applications de bien-être peuvent-ils devenir de nouveaux dispositifs médicaux ? D’autant que ces trackers, sous couvert d’usage fitness, deviennent de plus en plus puissants et sophistiqués. Les bracelets Fitbit ou les montres intelligentes comme les modèles Apple, Pixel et Samsung, devraient intégrer des capteurs toujours plus puissants et plus flexibles, capables de surveiller et de nous donner des informations améliorées par l’IA sur notre routine quotidienne. Rien que ces dernières années, certains fabricants (comme Apple) ont ajouté des scanners ECG capables de mesurer les signaux électriques du cœur, afin d’ alerter précocement contre le risque de fibrillation auriculaire. Autre développement récent : la surveillance Sp02, qui peut mettre en garde contre les conditions affectant le fonctionnement des poumons, y compris le Covid-19.

Dans les autres mouvements à suivre sur le sujet des données de vie réelle, Chronolife, Medtech française spécialisée dans le suivi de patients grâce à son t-shirt connecté, a annoncé en septembre 2022 une collaboration avec Garmin, afin de pouvoir intégrer dans son espace de données celles que recueillent les objets connectés de Garmin. Au même moment, SKEZI, spin off de l’AP-HP qui a développé un logiciel de collecte de données, a également annoncé un partenariat avec Withings, fabricant d’objets connectés de santé. Withings doit fournir le matériel et la visualisation des données, tandis que SKEZI s’occupera de collecter les données de vie réelle et de les analyser.

Le recours croissant à l’IA : un nouveau stade de maturité du marché ?

Les dispositifs médicaux intégrant de l’intelligence artificielle sont de plus en plus nombreux sur le marché américain notamment, où la FDA  a autorisé plus de 300 dispositifs médicaux (DM) intégrant de l’apprentissage automatique depuis le début des années 2000.

Les mouvements des géants du numérique intègrent de plus en plus une composante d’IA, vaste champ où les solutions semblent être arrivées à un nouveau stade de maturité et sont de plus en plus utilisées en routine (cf outils de seconde lecture d’Ibex ou d’ICAD). Fait saillant : un outil d’intelligence artificielle a récemment été validé cliniquement dans le diagnostic du cancer du sein. L’Institut Curie et Ibex Medical Analytics ont démontré dans une récente étude la performance, la fiabilité et la mise en application clinique d’un algorithme d’intelligence artificielle (IA) pour le diagnostic des biopsies mammaires. D’autres avancées pourraient suivre dans les domaines où l’IA en santé est particulièrement déployée (radiologie, anapath…). 

En recherche, où l’IA est de plus en plus utilisée, les acteurs du secteur reconnaissent l’apport de ces technologies tout en pointant ses limites.

Vers une industrie des sciences de la vie axée sur le numérique

C’est un fait : les pharmas accélèrent leur transition numérique, comme l’a récemment souligné une étude réalisée par Techtomed. “Nous sommes confrontés à une croissance exponentielle de l’utilisation des interventions numériques, même dans la définition et le développement de médicaments, soulignait ainsi Roberto Ascion, PDG Healthware Group et président Healthware Ventures, lors de l’événement Frontiers Health 2022, en novembre dernier. Des médicaments innovants et de précision soutenus par des solutions innovantes aux interventions numériques autonomes, en passant par des médicaments adoptés matures intégrés par des interventions numériques et numériques d’abord complétées par des médicaments.” Une opportunité selon lui. “Plus nous intégrons le numérique dans les pipelines de développement de médicaments, plus la population que nous pouvons atteindre est grande.”

Pour les laboratoires, cela signifie internaliser les profils tech pour développer leur propre unité “Digital Health” ou collaborer avec des acteurs externes (start-up ou géants du numérique aux moyens plus importants en matière de calculs et de traitement de données). Une aubaine pour les Gafam dont certains avancent leurs pions en matière de drug discovery. Rappelons qu’Alphabet a lancé sa propre société de drug discovery à partir de l’IA

Perspectives 2023

Il existe un segment émergent d’acheteurs que l’industrie devrait surveiller : les “enfants du milieu”, de nouveaux acteurs qui entendent “disrupter” le marché de la santé numérique. Ces “enfants du milieu”, comme les a surnommés Rock Health, sont des entreprises de technologie, de vente au détail et de fitness avec des capitalisations boursières comprises entre 10 et 350 milliards de dollars, souligne le directeur de Rock Health, Sean Day, dans un  récent rapport. Les services de santé et de remise en forme, y compris les services d’abonnement de remise en forme et les thérapies numériques, devraient augmenter de 9% pour atteindre 928 millions de dollars en 2023, selon cette projection de CTATech Trends dévoilée le 3 janvier 2022. 

Ces acteurs misent souvent sur leur technologie pour s’engouffrer dans le secteur de la santé. Et ils pourraient intéresser les acteurs traditionnels et les Gafam… Missy Krasner, présidente de capital-risque chez Redesign Health, prévoit que le marché verra davantage d’activités de fusions et acquisitions de la part de grandes entreprises technologiques notamment, alors que les soins de santé évoluent selon elle vers un modèle hybride omnicanal de prestation de soins “click-and-mortar”. Quant aux acteurs comme Amazon qui veulent être la “porte d’entrée des soins de santé” et ensuite être le “quart-arrière des soins de santé” en possédant les soins primaires, ils devront se développer dans la coordination des soins et les soins spécialisés, note de son côté Chou O’Keefe, fondatrice et directrice associée de Define Ventures, une société de capital-risque early-stage spécialisée en santé numérique. Mais adresser cette chaîne du soin, de bout en bout, est “un voyage de 5 à 10 ans”, prévient-elle, citée par Fierce Healthcare.

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