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La plateformisation du parcours de soins



Les initiatives numériques se multiplient pour améliorer l’expérience de soins du patient mais, encore dispersées, elles peinent à se structurer et à développer leur usage. Les acteurs du système de santé les plus matures ont toutefois compris le besoin d’une plateformisation de ces services. Qui sont-ils ? Que proposent-ils ? Quelles sont les technologies en présence et les chiffres à connaître ? mind Health vous donne toutes les ressources nécessaires à la maîtrise de cet enjeu.

LE CONTEXTE Face au vieillissement de la population, à la raréfaction des professionnels de santé dans certains territoires et au besoin croissant de maîtriser les dépenses de santé, les initiatives numériques se multiplient pour améliorer l’expérience de soins du patient - depuis la prévention jusqu’au maintien à domicile, en passant par le diagnostic et le traitement -, décloisonner la ville et l’hôpital et améliorer la coordination entre professionnels de santé. Tous les acteurs de l’écosystème s’y mettent : hôpitaux comme complémentaires santé, mais aussi laboratoires pharmaceutiques et fabricants de dispositifs médicaux, éditeurs et organisations publiques (ARS, GCS, Grades, Caisse nationale de l’assurance maladie… jusqu’au ministère de la Santé lui-même). Sauf que ces initiatives, encore souvent expérimentales, constituent autant de marchés dispersés et peinant à se structurer : prise de rendez-vous en ligne, télémédecine (téléconsultation, télésurveillance, télé-expertise), applications mobiles, carnet de santé digital…

LES ENJEUX Les acteurs du système de santé les plus matures ont compris le besoin d’une plateformisation des services : des assureurs proposent depuis 2015 des plateformes de prévention, en BtoB ou en BtoBtoC. Certains font même le choix de l’agrégation. Moins avancés, les laboratoires pharmaceutiques et les fabricants de dispositifs médicaux ont tout de même largement développé des applications mobiles, souvent adossées à un site internet, et ont revu leur stratégie digitale. Et les régions se dotent de plateformes de services numériques à l’usage soit des professionnels soit des patients, sur une initiative de leur Grades (groupement régional d'appui au développement de l'e-santé, lancé en 2017) ou d’un GCS (groupement de coopération sanitaire), outil justement pensé pour favoriser la coopération public/privé. Ces bouquets mêlent justement prestations privées et interfaçage avec les services nationaux.

Pour quels usages ? Si l’on prend le seul exemple de la téléconsultation, proposer ce service n’est plus une question pour les assureurs alors que son taux d’usage standard ne dépasse pas 1 %. Si les initiatives numériques se multiplient, elles peinent à s’installer auprès de son consommateur, le patient. 

Cette évolution du parcours de soins soulève par ailleurs de nombreuses questions réglementaires. Le règlement général sur la protection des données (RGPD) est certes entré en application le 25 mai 2018 mais la mise en conformité de toutes les structures concernées est encore en cours, l’application de ces règles reste parfois aléatoire, par exemple en matière de recueil du consentement du patient, et les violations de données y compris en France sont d’actualité. La pharmacogivilance imposée à l’industrie a dû être également repensée à l’heure de la digitalisation de la communication. Enfin, depuis 2018, les tiers chargés de stocker les données de santé doivent obtenir une certification - et non plus un agrément -, délivrée au terme d’un audit par des organismes spécialisés. Mais une période de transition a été accordée, qui permet encore d’obtenir des agréments ou voit des agréments arriver à échéance sans forcément être remplacés par une certification. Le contour de la certification est en outre en discussion au sein de l’Agence du numérique en santé (ANS).

LES TECHNOLOGIES EN PRÉSENCE

> Les chatbots. Si les établissements hospitaliers voient dans ces agents conversationnels un intérêt pour répondre aux questions des patients notamment pour la prise de rendez-vous, les laboratoires pharmaceutiques commencent à en mettre en place. Ils utilisent des algorithmes de compréhension du langage (intelligence artificielle sémantique), sont disponibles sur tous supports et viennent compléter un canal d’information existant (site internet, application mobile…).

> L’intelligence artificielle. Exploitation du big data et algorithmes d’intelligence artificielle sont développés et envisagés comme permettant de pousser le service “au bon endroit au bon moment” et donc d’en développer l’usage, qu’il s’agisse de prise de rendez-vous en ligne, de téléconsultation, d’outils de prévention...

> La blockchain. Encore peu exploitée dans le secteur de la santé, elle commence tout de même à être regardée avec intérêt au vu du besoin croissant d’assurer un cadre sécurisé à l’usage des données. Elle a ainsi été annoncée au coeur de quelques projets ces derniers mois, comme celui d’Embleema qui travaille sur une blockchain impliquant des patients, des établissements hospitaliers et des industriels du médicament ou Owkin et son projet Substra mené avec des acteurs hospitaliers et, plus récemment, le projet IMI impliquant dix laboratoires pharmaceutiques

LES CHIFFRES-CLÉS

> Applications mobiles. En avril 2019 sur Google Play, 28 des plus grands laboratoires pharmaceutiques proposaient 257 applications françaises, soit 9 chacun en moyenne. Elles s’adressent autant aux patients (28,4 %) qu’aux professionnels de santé (28 %). Une application sur quatre se consacre à un événement. Surtout, elles sont généralement peu installées : seules 20 (7,8 %) l’ont été plus de 10 000 fois sur Android et 81 (31,5 %) moins de 100 fois.
Côté assureurs, sur les dix principaux acteurs, les applications proposées ont en moyenne été ouvertes au moins une fois au cours du deuxième semestre 2018 par 50,7 % des internautes qui les ont installées. Les sessions par utilisateur sont généralement courtes : 3,30 minutes en moyenne.

> Téléconsultation. Lors des discussions pour la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2018, le gouvernement tablait sur 500 000 actes en 2019, un million en 2020, puis 1,3 million à partir de 2021. L’Assurance maladie en a facturé 60 000 au 15 septembre 2019 (donc en un an), pour environ 30 000 patients. L'Île-de-France enregistre 44 % de ces téléconsultations.
L’État chiffre aussi le coût net de la téléconsultation à 4 M€ la première année et 23 M€ en cumulé à l’horizon 2021, en partant de l’hypothèse selon laquelle 50 % des téléconsultations viendront remplacer les consultations physiques et que 50 % constitueront une activité nouvelle, ce qui entraînerait une croissance du volume d’actes, compensés par des économies de transport sanitaire.
Mais seuls 11 % des médecins généralistes suggèrent ce service à leurs patients et, si proposer ce service n’est plus une question pour les assureurs, le taux d’usage standard aujourd’hui ne dépasse pas 1 %. 

> Prise de rendez-vous en ligne. Un marché visant 200 000 praticiens en exercice et une offre quasi homogène (un abonnement à la charge du médecin, entre 50 et 110 € par mois). L’usage des plateformes de prise de rendez-vous serait passé de 33 % en avril 2016 à 62 % en novembre 2018 en Île-de-France mais seuls 6 % des médecins franciliens utilisent une plateforme comme moyen exclusif de prise de rendez-vous, le secrétariat téléphonique gardant leurs faveurs.

> Réseaux sociaux. Impossible d’y échapper. Via leurs activités mondiales et françaises, les 27 plus grands laboratoires pharmaceutiques ont créé 223 comptes au total sur Twitter, Facebook et LinkedIn. J&J en tête avec 5,2 millions d'abonnés au total (à fin août 2019). Twitter est le réseau social où les laboratoires ont créé le plus grand nombre de comptes, avec 3,7 en moyenne par société, contre 2,7 sur LinkedIn et 1,8 sur Facebook.

DANS L'ACTUALITÉ Le ministère de la Santé a dévoilé en avril 2019 sa “feuille de route du numérique en santé”, soit 26 actions destinées à “accélérer le virage numérique” en santé. Outre la création de l’Agence du numérique en santé (ANS, ex-Asip) et de la délégation ministérielle du numérique en santé (DNS), ce vaste projet a vu naître le Health data hub, qui compte déjà deux appels à projets.

Quid de la labellisation des appli ? Entre celles qui proposent des conseils individualisés et d’autres qui délivrent des informations médicales et collectent des données, difficile pour l’usager de bien se repérer. Tout l’enjeu pour les éditeurs d’applications est donc d’être crédibles et visibles vis-à-vis des utilisateurs. La labellisation de leur outil, voire leur certification, peut être une solution. Mais il n’existe plus qu’un seul acteur sur ce marché, Medappcare, DMD Santé ayant été déclarée en liquidation judiciaire en mars 2019.

LES ACTEURS À SUIVRE

> Prise de rendez-vous en ligne : Doctolib, DocAvenue (groupe Cegedim), Hellocare, nehs, CGM

> Téléconsultation : MesDocteurs, MédecinDirect, NeMo Health, DoctoConsult, Qare, Livi/Kry, DocAvenue (groupe Cegedim), H4D et l’association LET pour Les Entreprises de télémédecine

> Réseaux sociaux : Boehringer Ingelheim pour ses Facebook live, l’agence Digimind qui a publié une étude sur la présence sur le web et les réseaux sociaux de l’industrie pharmaceutique, le groupe VYV (MGEN, Harmonie Mutuelle) dont les applications sont celles qui sont installées sur le plus grand nombre de terminaux sous Android en France

LES PERSONNALITÉS À SUIVRE

- Dominique Pon (son profil LinkedIn, son interview) et Laura Létourneau (son profil LinkedIn) , qui copilotent la délégation ministérielle du numérique en santé (DNS) 
- Stéphanie Combes, directrice du Health data hub (son profil LinkedIn, son interview
- Annie Prévot, directrice de l’ANS (ex-Asip) 
- Isabelle Adenot, présidente de la commission nationale d’évaluation des dispositifs médicaux et des technologies de santé (CNEDiMTS) de la Haute autorité de santé (HAS) (son interview
- Bertrand Bodson, CDO de Novartis (son profil LinkedIn, son interview
- Antoine Groheux, responsable innovation de Medtronic France (son profil LinkedIn, son interview
- Philippe Emery, directeur général d’Abbott Diabetes Care France (son profil LinkedIn, son interview
- Céline Chevrier, directrice du centre d’excellence data et digital de Janssen France (son profil LinkedIn, son interview
- Rémy Choquet, directeur du centre de données médicales de Roche Pharma France (son profil LinkedIn
- Régis Sénégou, directeur marché e-santé de Docaposte (son profil LinkedIn, son interview
- Stéphane Dedeyan, directeur général du groupe VYV (son profil LinkedIn, son interview
- Valérie Bompard, directrice de la transformation stratégique du groupe VYV (son profil LinkedIn

ALLER PLUS LOIN

> Les articles à lire  

Réseaux sociaux :
Déployer sa stratégie sur les réseaux sociaux en sept points clés, septembre 2019
Avec 223 comptes, la présence sur les réseaux sociaux de 27 laboratoires pharmaceutiques décryptée, septembre 2019
De la page Facebook aux lives, comment Boehringer Ingelheim anime des communautés, juin 2018
Comment intégrer la pharmacovigilance à l'heure des réseaux sociaux, juin 2018

Télémédecine :
La téléconsultation, devenue un standard chez les assureurs, débute difficilement, mai 2019 
Remboursement de la télé-expertise : quel impact pour les acteurs du secteur, avril 2019
Télésurveillance : le programme Étapes peine à démarrer dans l’insuffisance respiratoire malgré de nombreux participants, mars 2019 
Télé AVC : les régions structurent l’offre, janvier 2019
Télésurveillance : les avancées du programme Étapes dans le diabète, octobre 2018
Insuffisance cardiaque : les acteurs de la télésurveillance se positionnent enfin autour de l’expérimentation Etapes, avril 2018
Télé-imagerie : panorama des acteurs et de leurs nouvelles stratégies, décembre 2017

Applications mobiles :
Quelles applications mobiles les laboratoires pharmaceutiques ont-ils créées, et dans quels buts ?, mai 2019 
Applications mobiles : les cinq enjeux liés à la collecte des données, février 2019
Assurance : quelle performance pour les applications mobiles au deuxième semestre 2018 ?, mars 2019
Sites Internet, applications : quelle stratégie digitale pour les laboratoires pharmaceutiques ?, avril 2018 
Applications de santé : Comment procéder pour la labellisation ?, janvier 2018

Hôpital :
Hôpitaux : quels logiciels pour anticiper et planifier l’occupation des lits ?, juin 2019
Hôpitaux : quels sont les outils numériques de pré-admission et d’admission ?, mai 2019
L’hôpital s’appuie sur le digital pour assurer le suivi post-opératoire du patient, novembre 2018    

Hébergement des données de santé :
Quelles sociétés ont été agréées ou certifiées pour l’hébergement des données de santé ?, juillet 2019
Passage de l’agrément à la certification : ce qui change pour les hébergeurs de données de santé, décembre 2018 

Le marché de la prise de rendez-vous en ligne se précise, décembre 2019
Mettre en place un chatbot en sept points, décembre 2018   
Carnets de santé digitaux : un marché à défricher, août 2018  
Services connectés pour le maintien à domicile : Panorama d’un marché morcelé, mars 2018 
Comment les assurances gèrent la prévention via les plateformes digitales, février 2018   

> Les ressources et documents à lire 

Applications mobiles :
Quelle performance pour les applications mobiles des assureurs et mutuelles santé ?  
La liste des 257 applications mobiles proposées par 28 laboratoires pharmaceutiques  
La liste des 223 comptes sur les réseaux sociaux de 27 laboratoires pharmaceutiques

Télémédecine :
Le déploiement de la téléconsultation chez cinq assureurs  
Les principaux acteurs de la téléconsultation

Quatre sociétés pour faire une veille de la pharmacovigilance sur les réseaux sociaux
Les principales solutions digitales de suivi post-opératoire     
Les plateformes de prise de rendez-vous en ligne   
La liste des sociétés agréées ou certifiées pour l’hébergement des données de santé  


 

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